Sur la rive de Patreksfjörður, dans la vallée de Skápadalur, la silhouette d'un immense navire rouillé surgit du rivage. Le Garðar BA 64, délibérément échoué en 1981 après près de sept décennies de service, est aujourd'hui le plus vieux navire en acier d'Islande encore debout. Sa coque effondrée, couverte de rouille rouge et brune, se détache sur le vert des pentes environnantes et le gris du fjord : un contraste saisissant pour qui arrive par la Route 612.
Ce n'est pas une épave au sens habituel du terme. Aucune tempête, aucune collision n'a mis fin à sa course. En 1981, jugé trop vieux pour naviguer en sécurité, le navire a simplement été conduit sur ce rivage peu profond et abandonné là, sans être coulé. La décision a transformé un vieux chalutier en monument à ciel ouvert, librement accessible à tout voyageur qui fait le détour par les Fjords de l'Ouest.
Un siècle d'histoire à ciel ouvert
Construit en Norvège en 1912 sous le nom de Globe IV, le navire est lancé la même année que le Titanic. C'est à l'origine un baleinier de haute mer : une coque en acier renforcée pour les glaces, un moteur à vapeur couplé à des voiles, conçu pour opérer dans des mers hostiles. Il change de pavillon à plusieurs reprises au fil des décennies avant de rejoindre un armateur islandais après la Seconde Guerre mondiale. Le navire arrive en Islande en 1950 et prend son nom définitif, Garðar BA 64, en 1963.
Les restrictions progressives sur la chasse à la baleine transforment le rôle du navire : il est reconverti en bateau de pêche aux harengs dans les eaux islandaises, ajoutant un autre chapitre à une biographie déjà dense. En 1981, vieilli et déclaré impropre à la navigation, le Garðar BA 64 est échoué volontairement sur le rivage peu profond de Skápadalur plutôt que d'être démoli ou coulé. Quarante ans plus tard, il continue de se décomposer lentement sous l'action du vent et des embruns.
Que voir et faire au Garðar BA 64 ?
L'accès est libre à toute heure, sans droit d'entrée. On se gare sur la large aire de gravier en bordure de la Route 612 et on descend vers le rivage à pied. La coque s'étend sur le sable et les galets, inclinée sur le côté, le pont ouvert au ciel. L'oxydation a travaillé les tôles pendant plus de quarante ans, créant des teintes qui changent selon la lumière : ocre flamboyant au coucher du soleil d'été, brun presque noir sous un ciel chargé.
Par mesure de sécurité, il est interdit de monter à bord : les structures métalliques vieillissantes ne garantissent aucune stabilité, et des pièces peuvent céder sans prévenir. La visite se fait en marchant autour du navire, à distance raisonnable. Le tour complet permet de découvrir l'arrière de la coque, avec une vue dégagée sur le fjord de Patreksfjörður.
Les photographes trouveront des angles très différents selon la position et la lumière. La façade de la coque, tournée vers la route, donne une image frontale évidente. L'arrière, vers le fjord, offre davantage de profondeur et un fond naturel plus intéressant.
Comment s'y rendre ?
Depuis Reykjavik, le trajet emprunte la Route 60, qui s'enfonce dans les Vestfirðir depuis Búðardalur, puis la Route 62 en direction de Patreksfjörður. Environ 1 km après le croisement entre la Route 62 et la Route 612, le navire apparaît sur la rive droite du fjord. Comptez environ 400 km depuis Reykjavik pour une durée de trajet d'environ 6 heures, sur des routes en partie goudronnées et en partie gravillonnées.
Aucun véhicule tout-terrain n'est requis pour atteindre le Garðar BA 64 : le site se trouve juste au bord de la Route 612, accessible en voiture ordinaire. Depuis Patreksfjörður, comptez une vingtaine de minutes. Si vous prolongez l'excursion vers la plage de sable rouge de Rauðasandur ou les falaises de Látrabjarg, les routes de montagne au-delà du navire peuvent demander plus de prudence, notamment hors saison estivale.
Temps de trajets approximatifs
Reykjavik : ~6h / ~400 km
Patreksfjörður : ~20min / ~17 km
Quand visiter le Garðar BA 64 ?
Le Garðar BA 64 est en principe accessible toute l'année. En été (juin à août), les routes sont ouvertes, les journées sans fin permettent de photographier le navire dans une lumière dorée qui dure des heures. La fréquentation reste modérée : les Fjords de l'Ouest attirent bien moins de monde que le Sud de l'île.
Au printemps et en automne, la lumière est plus rasante et directionnelle, propice aux contrastes photographiques. En hiver, la neige peut habiller les pentes de Skápadalur et renforcer l'atmosphère de bout du monde. Avant de partir en hiver, vérifiez l'état des cols sur la Route 60 via road.is : certains peuvent être temporairement fermés après de fortes chutes de neige.