Svartifoss, « chute noire » en islandais, tombe de 20 mètres dans un cirque naturel dont les parois sont entièrement tapissées de colonnes de basalte hexagonales. La lave a refroidi, les millénaires ont passé, et il reste ce décor que l'on dirait façonné à la règle : des orgues volcaniques d'un noir profond, l'eau blanche qui les découpe. L'ensemble se trouve dans le secteur de Skaftafell, au sein du parc national de Vatnajökull, sur la côte sud de l'Islande.
Svartifoss figure parmi les cascades les plus photographiées du pays, et sa particularité géologique lui vaut une réputation bien au-delà des seuls amateurs de randonnée.
Ce qui rend Svartifoss unique
Les colonnes de basalte qui encadrent la cascade se sont formées quand d'épaisses coulées de lave se sont refroidies lentement et régulièrement. En se contractant, le basalte s'est fissuré selon un réseau hexagonal, la forme géométrique qui permet de dissiper le plus efficacement les contraintes internes. On retrouve ces formations en plusieurs endroits de l'île, mais rarement avec cette verticalité et cette densité : à Svartifoss, elles forment un amphithéâtre d'environ 30 mètres de large, les prismes se superposant les uns au-dessus des autres jusqu'au bord du plateau.
Ce paysage a laissé une trace durable dans l'architecture islandaise. L'architecte Guðjón Samúelsson s'en est directement inspiré pour concevoir en 1937 la façade de l'église Hallgrímskirkja de Reykjavik : les grandes ailes latérales de l'édifice reproduisent la géométrie de ces colonnes volcaniques. Le Théâtre National d'Islande porte la même empreinte. Observer les orgues de Svartifoss, c'est comprendre une partie de ce qui a façonné l'identité architecturale de la capitale.
Le contraste entre le noir du basalte et l'eau qui chute est particulièrement marqué, renforcé par le fait que les colonnes descendent jusqu'au bassin sans que la végétation ne vienne atténuer la géométrie du site.
La randonnée et les cascades du sentier
Le sentier part du centre d'accueil de Skaftafell. L'aller représente environ 1,5 kilomètre avec un dénivelé progressif, classé facile et accessible aux familles avec enfants. Sur le chemin, on croise deux autres cascades avant d'arriver à Svartifoss : Hundafoss d'abord, la plus haute des trois avec environ 25 mètres de chute, puis Magnúsarfoss, plus modeste. Chacune mérite une pause.
La plateforme d'observation aménagée au pied de Svartifoss offre l'angle le plus direct sur les colonnes et la chute. Le parc recommande de ne pas s'en approcher davantage : les chutes de pierres sont réelles, et le sol est instable à proximité du bassin.
Pour prolonger la sortie, la boucle complète via Sjónarsker et Sel couvre 5,5 kilomètres et demande 2 à 3 heures au total. Sjónarsker est un belvédère qui offre un panorama à 360° sur le glacier Skaftafellsjökull et les étendues de Vatnajökull ; un disque métallique orienteur aide à identifier les sommets visibles depuis le point de vue. À Sel, on passe devant des maisons à toit de tourbe, témoins de l'habitat traditionnel dans cette région autrefois isolée. Les randonneurs qui souhaitent s'aventurer plus loin peuvent rejoindre les sommets de Kristínartindar, une ascension plus longue avec une vue d'ensemble sur le domaine glaciaire.
Comment s'y rendre
Depuis la Route 1, un panneau signale la sortie vers Skaftafell. On emprunte ensuite la Route 998 sur environ 1,5 kilomètre jusqu'au parking du centre d'accueil. Skaftafell se trouve à environ 330 kilomètres à l'est de Reykjavik, sur la route naturelle vers la lagune glaciaire de Jökulsárlón, à une heure de route plus à l'est.
Le parking est gratuit et spacieux. Les équipements sur place incluent des toilettes et un espace d'accueil avec des cartes détaillées des sentiers et des informations sur les conditions en cours.
Temps de trajets approximatifs
Reykjavík : ~4h30 / ~330 km
Höfn : ~1h45 / ~130 km
Akureyri : ~5h30 / ~460 km
Egilsstaðir : ~3h15 / ~240 km
Quelle période choisir
Svartifoss est accessible toute l'année. En été, la végétation encadre les sentiers, les bouleaux nains verdissent les pentes et la lumière reste longtemps : arriver tôt le matin permet d'éviter la foule au pied de la cascade. L'automne colore les versants de jaune et d'ocre, et le débit reste soutenu.
En hiver, les colonnes de basalte se couvrent par endroits de glace et la chute peut partiellement geler. Le spectacle change radicalement de nature, mais le sentier devient glissant : des crampons ou des microspikes sont nécessaires pour monter en sécurité. Consultez les conditions avant de partir sur safetravel.is. Au printemps, la fonte des neiges gonfle les débits et les versants retrouvent leur verdure avant l'afflux estival.